Aujourd’hui,
nous faisons connaissance avec Carine dont l’expérience dans le handicap
mental, grâce à son métier et l’association qu’elle dirige, mérite d’être
partagée.
Psychologue
libérale, Carine accompagne des personnes handicapées mentales en souffrance
ainsi que leurs familles. Pour en savoir plus sur ses consultations et/ou
prendre rvs, c’est ici.
Par
ailleurs, Carine vous invite à la Vente de Noël des Amis de la
Ruche (nous en avions parlé il y a 1 an), l’atelier d’artisanat qu’elle
anime et qui accueille des personnes porteuses ou non d’un handicap. La vente
de ses talentueuses abeilles aura lieu mardi 26 novembre de 9 à 19h, 8 avenue
Dutertre, 78150 Le Chesnay. Venez nombreux, plein de jolis cadeaux à trouver !
Allez, on écoute à
présent le témoignage de Carine !
Pouvez-vous en quelques lignes, vous
présenter et nous dire quel est votre lien avec le handicap (familial, amical,
associatif…) ?
Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours
été attirée par les personnes handicapées, leur tendresse, leur spontanéité,
leur façon d’être en vérité, et leur humour m’a toujours touchée. En rentrant à
l’Ecole des Psychologues Praticiens,
dans les années 90, je souhaitais déjà travailler auprès d’elles.
Il y a 12 ans, j’ai eu la chance de
participer à l’aventure de la création de la Ruche,
atelier d’artisanat, où se réunissent des personnes porteuses ou non d’un
handicap mental (la plupart sont des personnes porteuses de trisomie 21), j’y suis
directrice. Mon rôle est de coordonner l’ensemble de l’atelier et de veiller à
l’épanouissement de chacun de nos jeunes handicapés.
De
nombreuses personnes qui viennent à la Ruche me disent que c’est leur plus beau
moment de la semaine !
Je crois que cette atmosphère de paix et de joie, dans un climat de
bienveillance, leur fait du bien !
Depuis plusieurs années, en parallèle, je me
suis installée une journée par semaine en tant que psychologue clinicienne en libéral pour accompagner des
personnes porteuses d’un handicap mental, ainsi que leurs parents et leurs
frères et sœurs.
Racontez-nous une anecdote positive, un beau
souvenir partagé aux côtés d’une ou plusieurs personnes handicapées, une situation
qui vous a touchée, émue, fait rire, stimulée…
Difficile de choisir une anecdote ou un beau
souvenir, tellement il y en a ! La dernière que j’ai trouvée très
belle : je demande aux
jeunes, au cours d’un jeu de société, quelle est la devise de la France. Ils me
répondent, avec leur spontanéité qui nous touche tant : liberté, égalité,
FRAGILITE ! Une devise que l’on aimerait avoir plus dans notre
société, non ?
Que vous apportent les personnes handicapées
que vous côtoyez ?
Le contact avec une personne handicapée
évolue d’abord de la compassion, au désir d’aider, puis vient l’émerveillement devant les
richesses de son cœur : sa fidélité, sa soif d’aimer et d’être aimée, son
désir de paix, d’unité et de vérité.
Dès la première rencontre, elles me touchent
et me désarment par leur simplicité
dans les relations aux autres, dans leur manière d’être en vérité.
Je les aime pour elles-mêmes, pour ce
qu'elles sont, dans leur simplicité, leur joie, leur tendresse. Je suis touchée
par leur fécondité :
elles suscitent la charité, la gentillesse, l’ouverture aux autres. Elles
m’obligent à prendre du recul, à accepter et à comprendre leurs fragilités,
dues à leur handicap.
Elles me donnent des leçons d’humilité.
Spontanément, quels sont les mots-clé (un
nom, un adjectif…) que vous associez aux personnes handicapées mentales ?
Je crois que le titre du documentaire
sur Jean Vanier sorti en janvier dernier au cinéma est très
évocateur : L’ELOGE DE LA TENDRESSE.
Selon vous, quelle est la qualité principale
dont il faut faire preuve pour accompagner une personne handicapée avec le
sourire ?
L’empathie bien sûr, l’humour aussi ! C’est également une de leurs qualités !
Avez-vous envie de partager quelque chose en
particulier ?
Je voudrais vous partager un bel exemple de
leur fécondité, qui m’a profondément touchée.
Il y a quelques années, j’ai été mise en lien avec de
jeunes parents qui venaient d’avoir une petite fille trisomique. Ils étaient
complètement perdus, un tsunami venait de s’abattre sur eux. Afin de réfléchir
avec recul, ils ont fait le choix de la laisser en pouponnière pour prendre la
meilleure des décisions possibles, à savoir la confier à l’adoption ou
l’accueillir dans leur foyer.
Après avoir eu beaucoup de jeunes parents au
téléphone, ils ont souhaité être en contact avec moi afin de parler du handicap
à l’âge adulte. C’est la maman qui a souhaité rencontrer des jeunes de la
Ruche, elle avait besoin de se projeter pour que sa décision murisse.
Le rendez-vous était donc pris. J’avais
choisi deux jeunes femmes trisomiques, très amies, et très différentes aussi.
L’une assez intériorisée et calme, l’autre plus bavarde et plus exubérante. Je
leur avais juste dit que j’avais eu au téléphone des parents qui venaient
d’avoir un petit bébé trisomique et qu’ils étaient contents de les rencontrer.
En aucun cas, j’ai parlé d’abandon éventuel du bébé, trop violent pour ces
jeunes.
Après avoir visité la maison où elles
habitent, et avoir parlé de leur quotidien, nous nous sommes réunis autour d’un
café, les parents avaient l’air à l’aise et heureux de cette rencontre.
Puis la maman s’est adressée à moi et m’a
dit : « comment je sais si je serai une bonne mère ? »
Anne-Laure s’est alors gratté la gorge, et
avec beaucoup de calme et de profondeur, l’a prise dans ses bras et lui a dit,
(sans bégayer, ce qui est exceptionnel) :
« Toi, Sophie, tu es déjà une bonne
mère. Et toi, Martin, tu es déjà un bon père. Vous savez, quand je suis née,
mes parents ils ont dit : quoi, elle est trisomique ? Ils ont
beaucoup pleuré. Mais votre bébé, c’est Dieu qui l’a créée, et il l’aime. S’il
est trisomique, c’est pas de ta faute. Mes parents quand j’étais petite, ils
m’ont appris plein de chose, je suis allée à l’école, j’ai grandi, et
maintenant je suis heureuse, c’est grâce à mes parents. »
Nous étions tous très émus, Anne-Laure avait
tout dit. Elle leur a parlé de cette culpabilité qui les minait, elle les a rassurés,
avec ses mots, ses gestes. En tant que
chrétienne, j’ai senti la force de l’Esprit Saint agir en elle.
Quelques jours plus tard, j’ai appris que ces
jeunes parents étaient allés rechercher leur petite fille à la pouponnière. Et
que les mots d’Anne-Laure leur avaient permis de prendre leur décision.
Vous connaissez une personne en situation de handicap ou un aidant désireux d'un soutien et d'un accompagnement psychologique ?